Depuis jeudi 17 septembre à Créteil, lycéens, professeurs et parents d’élèves du lycée Antoine-de-Saint-Exupéry se mobilisent contre un manque de personnel de plus en plus inquiétant. Des AESH à la préparation des stages, de l’infirmerie au proviseur-adjoint, les manques concernent désormais « tous les pôles » de l’établissement selon le bureau local de la FCPE mobilisé sur place.
Déterminés à obtenir le recrutement des personnels concernés, les manifestant·es ont relié le lycée au rectorat ce lundi, en présence de Clémence Guetté, vice-présidente de l’Assemblée nationale, du député Louis Boyard et d’Abdoulbar Djaffar, président de notre groupe au conseil municipal de Créteil.
LYCÉE RECHERCHE PERSONNEL
« Il manque encore beaucoup de personnel cette année », témoigne M. Calderone, enseignant qui décrit une rentrée dans des conditions « très, très difficiles ». Un constat partagé par les parents d’élèves, qui savent « à quel point le fonctionnement du lycée dépend du personnel ». Avec trois poste-clés toujours en attente de recrutement, la liste des postes en attente de recrutement donne la mesure de la situation :
- un proviseur adjoint ;
- un directeur délégué aux formations professionnelles et technologiques (DDFPT) ;
- un responsable du bureau des entreprises (RBDE) ;
- une infirmière scolaire ;
- un mi-temps d’assistante sociale ;
- au moins dix postes d’AESH ;
- un professeur de français ;
- un professeur de mathématiques ;
- un professeur d’économie-droit.
Et cette situation s’enlise depuis déjà plusieurs mois : le 12 février dernier, les personnels, soutenus par les parents d’élèves, déploraient déjà l’absence d’une infirmière scolaire et d’une assistante sociale à temps plein. Dans un courrier adressé au recteur, ils et elles faisaient alors état d’alertes répétées, de personnels de vie scolaire épuisés et d’inquiétudes sérieuses concernant l’impact psychologique de ces carences sur les élèves. Aujourd’hui, la pénurie n’a toujours pas été adressée. C’est même de pire en pire ; et la présidente de la délégation FCPE parle à présent d’une « dégradation perceptible de la qualité de la scolarité pour nos enfants ».
DDFPT : La clé du BAC
En terminale pour la plupart, les élèves mobilisés s’inquiètent de ne pas pouvoir étudier dans des conditions sereines cette année. Pour les voies technologiques et professionnelles, l’inquiétude porte directement sur les stages et le diplôme. « C’est un peu notre avenir, là, qui est mis en jeu », nous explique un élève avant de décrypter les sigles DDFPT et RBDE : deux des poste-clés en attente de recrutement depuis la rentrée.
En charge des relations entre l’établissement et les entreprises, le DDFPT pilote l’organisation des stages et des périodes de formation en milieu professionnel. De son côté, le RBDE facilite l’accès des élèves à un réseau professionnel dans leur recherche de ce précieux stage obligatoire. Essentiels à la réussite des élèves, ces deux postes-clé laissés vacants représentent un handicap sérieux pour les filières professionnelles et technologiques du lycée Saint-Exupéry. Face à cette injustice, équipés de leurs plus belles pancartes, les lycéen·nés nous disent d’une même voix : « On veut tous·tes avoir les mêmes chances de réussir ».
Ce droit fondamental, dans un lycée, c’est à la région ainsi qu’au rectorat de s’assurer qu’il soit appliqué C’est la vocation de l’école publique : à Créteil comme ailleurs, l’État doit garantir à chaque élève les mêmes conditions d’apprentissage et d’éducation.
IL FAUT REVALORISER LE STATUT DES AESH.
Pour les élèves en situation de handicap, le manque d’accompagnement est particulièrement préoccupant. Le lycée Saint-Exupéry dispose aujourd’hui de 2,5 AESH à temps plein, lorsque ses besoins sont évalués à 10 temps plein minimum. Acteurs essentiels pour la scolarité des élèves en situation de handicap, la mission des AESH consiste à favoriser l’autonomie et l’accès aux apprentissages, mais aussi à accompagner les actes de la vie quotidienne et les relations avec les autres élèves.
Depuis plusieurs années, recruter des AESH est devenu un véritable casse-tête pour les établissements tant la Macronie s’est évertuée à maintenir ces travailleur·euses essentielles dans la précarité. Les chiffres du ministère sont accablants : 98 % travaillent à temps incomplet, leur salaire mensuel moyen atteignait seulement 1 030 euros nets en 2023 et le statut de fonctionnaire continue de leur être refusé. C’est la contradiction des politiques menées sous Emmanuel Macron : on proclame l’école inclusive tout en refusant la reconnaissance statutaire et salariale à celles et ceux qui y travaillent concrètement et qui la rendent réelle. Sur le terrain, ces contradictions ont un coût pour les élèves en situation de handicap et leurs familles qui n’ont d’autre choix que de compenser.
Une mobilisation « exemplaire »
Aujourd’hui, la répétition des alertes émises par le lycée Saint-Exupéry nourrit un sentiment légitime d’abandon. Dans les rangs de la manifestation, on s’interroge… Certains établissements doivent-ils se battre davantage pour obtenir les même conditions d’apprentissage ? Les établissements des quartiers populaires sont-ils condamnés à payer les frais des arbitrages injustes de la Macronie ?
Auprès des élèves mobilisé·es, Clémence Guetté a chaleureusement félicité les lycéens pour leur mobilisation exemplaire : « Vous mettez le doigt sur quelque chose de très juste : le lycée Saint-Exupéry doit bénéficier des mêmes moyens que tous les lycées de France ». En attendant que le rectorat se saisisse de la situation, la mobilisation se poursuit. L’Union Populaire pour Créteil et la France Insoumise se tiendront aux côtés des élèves, de leurs parents et de leurs professeurs pour exiger le recrutement de personnels manquants.

